Agressions sexuelles dans le sport : des drames qui détruisent des vies

Théo Alleaume, 10/02/2020


Après le monde du 7ème art, c’est le monde du sport qui semble vouloir en finir avec la loi du silence. En effet, il y a peu, la patineuse Sarah Abitbol révélait avoir été violé à ses 15 ans. Puis ce fut au tour de la cavalière Amélie Quéguiner de se confier. Revenons sur les faits et sur l’ouverture de la parole pour les victimes

 

Sarah abitbol

Sarah Abitbol, invitée pour parler de son livre : Un si long silence 

Des faits qui datent d’une trentaine d’années

Tout d’abord, Sarah Abitbol est une des plus grandes patineuses françaises, elle a notamment remporté une médaille de bronze avec son partenaire Stéphane Bernadis, aux championnats du monde 2000. C’est vingt ans plus tard, en janvier de cette année, que sort son livre Un si long silence. Dans ce livre, la sportive française raconte avoir été violée de ses 15 à ses 17 ans, entre 1990 et 1992. Dans un entretien vidéo réalisé par L’Obs, la patineuse se confie sur ce sordide souvenir qui la hante encore et révèle que c’est “une culture du viol au sein du patinage.”, confession qui sous-entend que ces actes sont plus nombreux qu’on ne le pense. 

Le deuxième témoignage nous vient de l’ancienne cavalière Amélie Quéguiner. Aujourd’hui directrice d’un centre équestre en Dordogne, la jockey s’est confiée à l’AFP sur les agressions dont elle a été victime. Dans les années 80, et cela pendant 10 ans, Amélie Quéguiner fut violée par trois encadrants, durant des stages ainsi que dans son club. Des actes qui ont commencé lors de ses 11 ans ; l’ex-cavalière explique même avoir fait un test de grossesse à 14 ans.  

Un silence peusant de la part des institutions 

En premier lieu pour Sarah Abitbol, étant une jeune espoir du patinage français, elle participait régulièrement à des stages en région parisienne. Comme ces stages durent plusieurs jours et que les athlètes viennent de toute la France, ces derniers dorment sur place. Les patineurs ont donc des boxs à leur disposition, sans portes et c’est la nuit que le cauchemar commence. C’est l’entraîneur de Sarah Abitbol qui vient dans les chambres des filles vérifier si elles dorment, et c’est au même moment qu’il abuse d’elles : “il a commencé à faire des choses horribles jusqu’aux abus sexuels.” (source : https://dai.ly/x7qctlo). 

Pour Amélie Quéguiner, ces actes ont commencé suite à un épisode familial délicat, à savoir le divorce de ses parents. C’est dans La Dépêche qu’elle explique cette situation. Elle était sans repères et cet homme, d’abord son entraîneur puis son beau-père, est entré dans sa vie. Dès lors, il a assis son emprise sur la jeune fille, il la terrorisait, la menaçait et elle devait garder le silence : “ Il avait la mainmise sur moi 24 heures sur 24. Je n’avais le droit à rien. Il avait accès à tout. “. C’est de là que le cauchemar a débuté ; elle dira également cette terrible phrase : “Il trompe ma maman et c’est avec moi.” 

Ces deux affaires ne sont malheureusement pas des cas isolés. En effet, L'Équipe a récemment publié un dossier complet sur trois anciennes patineuses françaises à qui des actes similaires sont arrivés. Le patinage n’est pas le seul domaine touché puisque le tennis fut frappé par une affaire similaire. C’est en 2007 qu’Isabelle Demongeot publia un livre intitulé Service Volé, dans lequel elle revient sur les viols qu’elle a subis par son entraîneur de l’époque, Régis de Camaret. Ce dernier sera condamné à 8 ans, puis à 10 ans de prison ferme en 2014.
Récemment, c’est le président du club de football du SCO d’Angers, Saïd Chabane, qui a été mis en examen pour agressions sexuelles.

Comme on a pu le voir, ces abus ont lieu très tôt, entre 11 ans et 15 ans chez les jeunes sportives. Ce sont souvent les figures d’autorité qui abusent du pouvoir qu’elles ont sur leurs élèves ; ils mentent aux familles des victimes, ce que Sarah Abitbol confie : “Il me gardait sur la glace en prétextant que j’avais un sale caractère et il disait à ma mère : ne vous en faites pas, je vais la ramener.”. De plus, l’omerta est forte autour de ces crimes puisque le président de la Fédération Française des Sports de Glace (FFSG), Didier Gailhaguet, est accusé par Sarah Abitbol d’être au courant et d’avoir couvert ces actes. De plus, la patineuse explique avoir contacté le Ministre des Sports en 2007 en lui demandant d’enquêter et de voir si un dossier était ouvert : “il m’a dit : oui il y a un dossier d’ouvert, mais on va fermer les yeux.”. Preuve s’il en est, de l’inaction des hautes instances face à ce genre d’agression. 

Et aujourd’hui, qu’en est-il ?

Actuellement, Sarah Abitbol est sous antidépresseurs et ne passe pas une journée sans y penser. Il en va de même pour Amélie Quéguiner, qui, a tenté plusieurs fois de se suicider et a pensé à tomber dans la prostitution.

Le but de ces deux femmes n’est plus d’obtenir justice, puisque les agressions sont désormais prescrites. Leur objectif est de prévenir les jeunes sportives et de les aider à en parler, si elles en ont déjà été victimes. Le gouvernement a réagi à ses accusations par l’intermédiaire de Marlène Schiappa ou de Brigitte Macron, qui devrait rencontrer l’ex-patineuse dans le cadre de son programme de protection de l’enfance. 

En espérant que ces témoignages soient les derniers et parviennent à aider les victimes à se confier, mais également à faire condamner les accusés.

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Date de dernière mise à jour : 12/02/2020