Champions du monde, et après ?

Louis Lesueur, 12/11/2018


A quelques jours de ses rencontres face aux Pays-Bas et à l’Uruguay et trois mois après la Coupe du monde, que reste-t-il de cette équipe de France championne du monde ? Malheureusement, tout ! Le jeu (ou le non-jeu) reste le même mais maintenant il a des garanties.

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Didier Deschamps en conférence de presse. 

Août 2012, Didier Deschamps prend la succession de Laurent Blanc à la tête de l’équipe de France. Fort de son parcours en ligue des Champions avec Monaco en 2004, le capitaine de France 98 arrive pour redonner un nouvel élan à une équipe décevante depuis 2006. Pour redorer le blason français, Deschamps décide de s’appuyer sur des principes (de jeu) basés avant tout sur l’engagement et le caractère. L’équipe de France de 1982-1986 semble bien loin, ses principes de jeu aussi. Aimé Jacquet, sélectionneur de France 98, était déjà adepte d’un jeu défensif, explosif en contre. DD veut copier son prédécesseur et surtout copier un football qui gagne, quitte à ne procurer aucun plaisir pour les suiveurs. La gagne, c’est le principe fondamental du football de Didier Deschamps. L’Euro 2016 est le commencement de l’oeuvre du sélectionneur avec pour point d’orgue la demi-finale contre l’Allemagne. Les Allemands, largement supérieurs ce jour-là, se frottent à une équipe de France courageuse et à un Griezmann d’un froid réalisme. En finale, la France sera battue à son propre jeu, par une équipe qui avait les mêmes principes. Dès lors, place à la coupe du Monde 2018. Les bases du jeu français entrevues sont accentuées pour cette compétition. Une possession minimaliste, un bloc bas mais une explosivité impressionnante en contre-attaque (cf le huitième de finale contre l’Argentine). Néanmoins, contrairement à 2016, la consécration ultime vient valider ses principes. 

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L’équipe de France soulevant la Coupe du Monde en juillet 2018. 


Deschamps a ramené la France sur le toit du monde, vingt ans après. Mais, à quel prix ? La France ne produit aucun jeu, la majorité du temps l’ennui est total. Le match contre le Danemark, le troisième de la phase de poule cette année, était à mourir. Le seul plaisir qu’offre l’équipe de France est la victoire. Or, on peut attendre plus d’un match de football. Certains disent que « pour voir du spectacle, il faut aller au cirque » (Pablo Correa, ancien entraîneur de Nancy). Cet avis réduit le football à « la victoire et rien d’autre ». Le football, c’est bien plus que ça. Si le football est le sport le plus populaire au monde, c’est avant tout pour le plaisir qu’il procure. Ce plaisir est plus intense par un match à rebondissement avec des équipes qui ont des idées de jeu offensives plutôt qu’avec un match fermé, où seule la victoire est à retenir.  De plus, sur le long terme, l’équipe de France devient une équipe prévisible et facile à contrer. L’Allemagne l’a parfaitement compris au Stade de France, lors de la quatrième journée de la Ligue des Nations. Les Allemands ont totalement changé leur idée de jeu. Le fameux jeu de positon allemand s’est mué en un jeu rapide, de contre-attaque et un engagement de tous les instants, le jeu de la France, en fait. A ce petit jeu, les Allemands ont surclassé les Français, pourtant maîtres de ce style, preuve que ce principe est limité. Encore une fois, la gagne est venue donner raison à Deschamps et Gary Lineker l’a souligné. Il a revu sa célèbre citation «le football est un sport qui se joue à onze contre onze et à la fin c’est l’Allemagne qui gagne », la France remplaçant l’Allemagne en conclusion de cette citation. La victoire, toujours la victoire… Les Français méritent mieux, la victoire en 2018 a donné du crédit à cette équipe et ses principes mais pour combien de temps ? Cette équipe, avec son effectif comptant de nombreux joueurs techniques, peut gagner avec des principes différents. Une attaque Dembélé-Griezmann-Mbappé ne serait pas une attaque rêvée ? Des attaquants techniques qui offrent des possibilités de combinaisons multiples, Fekir, Lemar pourraient également prendre part dans un jeu offensif. 

Alors, maintenant, place au jeu ? Pas tant que Deschamps et ses principes seront présents. Profitons du titre de champion du monde, c’est le seul plaisir que cette équipe nous offre.

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Date de dernière mise à jour : 12/11/2018