« On vise le TOP 14 en cinq ans »

Théo Alleaume et Louis Lesueur, 04/03/2018


En marge de la victoire du Rouen Normandie Rugby face à Cognac (14-13), Jean-Louis Louvel, le président du RNR, s’est entretenu sur divers sujets, avec passion et rigueur.

 

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Jean-Louis Louvel, un homme aux multiples facettes

Il est 16h, samedi, les joueurs du RNR sont installés dans les canapés de l’Hôtel Campanile (à deux pas de leur antre de Mermoz). Avant leur rencontre face à Cognac, les « Lions » regardent d’un œil attentif la rencontre de Top 14 entre le Racing 92 et La Rochelle. Un match loin d’être anodin pour Jean-Louis Louvel, dirigeant heureux, d’un club en passe de rentrer dans l’histoire, malgré un passé sinueux.

Le Stade Rouennais était en difficulté avant votre reprise du club. Pourquoi ce choix ?
Tout d’abord, je ne reprends que les entreprises en difficulté. Si on n’était pas venu, il n’y aurait plus de club. Je n’avais jamais joué au rugby et je connaissais pas les règles. Mais je sentais qu’il y avait un beau projet à construire.

Comment avez-vous été mis au courant de la situation du club ?
En 2017, nous étions 2e partenaire privé avec PGS après la Matmut. L’ancien président, Marc-Antoine Troletti, m’a dit qu’il allait perdre le soutien de la Matmut et qu’il allait déposer le bilan dans quinze jours. J’ai réfléchi et je me suis dit qu’il y avait un truc à faire. A ce moment-là, on m’a souvent dit qu’un club de sport ne se dirigeait pas comme une entreprise. Je pense que si, avec un budget de plusieurs millions à diriger, c’est comme une entreprise. Le coach est comme le directeur général. Il me dit aussi souvent, les joueurs mouillent le maillot, toi tu mouilles la chemise.

Comment votre projet s’organise-t-il ?
Mon projet est un projet normand. Il faut faire vivre la flamme du normand. Dans le vestiaire, après les matchs, les joueurs arborent le drapeau de la Normandie. C’est en suivant cet objectif que le nom du club a changé (le Stade Rouennais est devenu le Rouen Normandie Rugby). C’est désormais le club de la Normandie, qui participe à l’attractivité de la Normandie. Le club doit être la locomotive du rugby normand. On essaye déjà d’attirer les pépites normandes et d’aider les clubs en transférant d’anciens joueurs de notre effectif. Au niveau économique également, on profite que la Normandie soit la région la plus industrialisée de France pour être financé par des entreprises qui viennent de partout en Normandie.


Richard Hill a récemment affirmé « vouloir placer Rouen sur la carte du rugby français ». Selon vous, est-ce déjà chose faite ?
C’est en très bonne voie. Ce sera vraiment le cas lorsque nous serons en Pro D2. Cette saison, le projet commence à être reconnu dans le Sud. Par exemple, un entrepreneur rouennais avait rendez-vous à Toulouse, quand il a dit venir de Rouen, on lui a parlé du beau projet de rugby alors que lui il n’était pas au courant. A son retour, il a décidé d’entrer dans le projet. C’est une vraie fierté d’être reconnu à Toulouse, une vraie terre de rugby. L’autre belle reconnaissance est celle du Midi Olympique. Ils nous ont décerné la récompense de meilleur club amateur. C’était une vraie consécration qui venait récompenser notre structure, la formation.

L’objectif de la Pro D2 se rapproche à grand pas justement,vous n’avez pas peur de ne pas subsister face à tous ces gros clubs ? Au niveau économique surtout ?
Pas du tout, je serai très rassuré même. En Fédérale 1, on a un peu le cul entre deux chaises. On veut se structurer mais on dépense surtout beaucoup. La Pro D2 permet de recevoir des droits audiovisuels, d’attirer des sponsors. Nous recevrions une prime à la montée de la Fédération également. Atteindre la Pro D2, c’est l’étape la plus difficile à franchir, mais on doit la franchir si on veut être crédible dans notre projet.

La défaite l’année dernière en finale face à Bourg n’était-elle pas un mal pour un bien pour vous justement, surtout quand on voit la situation de Bourg actuellement ?
Ce n’était pas un vrai échec l’année dernière. Le projet est de monter endeux ans, c’est sur que si on avait pu, on ne serait pas privé de le faire en un an. Maintenant, on a bien tiré les leçons, et cela nous permet de faire cette saison actuelle avec les résultats que l’on connaît. Nous sommes vraiment prêts et structurés pour monter. Pour Bourg, après notre défaite, je les ai félicités mais en connaissant la structure du club et leurs problèmes économiques, je leur ai aussi dit de ne pas me faire regretter en redescendant l’an prochain… Finalement, on espère prendre notre revanche si on monte et eux descendent.

Qui dit Pro D2, dit attractivité et public, vous avez un projet de nouveau stade, qu’en est-il ?
L’objectif est de faire un stade comme La Rochelle. C’est mon modèle. A Mermoz, le stade a beaucoup changé déjà, on a apporté l’éclairage, aménagé des accès handicapé, les douches ont été refaites. Mais, on peut mettre tout l’argent pour Mermoz, on ne peut pas faire un stade de Top 14. On est encerclé, aucun agrandissement d’envergure n’est possible. On devra allerailleurs. Surtout, ce stade sera sûrement privé et devra donc accueillir d’autres événements culturels et sportifs pour être rentable.

Le projet du centre de formation en lien avec le QRM, le RHE et le RMB est-il en lien avec le stade ?
C’est un projet à part. En Pro D2, même s’il y a un délai, il faut un centre de formation. Le hockey, le basket, le football en ont besoin aussi, donc mieux vaut prôner le collectif. De plus, l’argent public n’aurait aidé qu’un seul projet, pas les quatre. Ensemble, nous pouvons réaliser quelque chose de sympa, qui a surtout plus de chance d’être économiquement viable. Ce projet doit être fait plus vite que le stade.

Après la Pro D2, logiquement on pense au TOP 14, combien de temps vous donnez-vous pour atteindre cet objectif ?
Cinq ans. J’ai demandé à Richard (Hill) en combien de temps il pensait que cet objectif était envisageable, il m’a dit cinq ans. Il a donc signé un contrat de cette durée. Les joueurs et le staff, tout le club peut graver son nom dans l’histoire en montant en Pro D2. En TOP 14, ce serait aussi historique.

Les problèmes liées au plaquage sont de plus en plus nombreux dans le monde du rugby. Comment votre équipe essaye de les combattre ?
Richard est anglais, et comme tout anglais il est caractérisé par son fair play et son humilité. Il veut un rugby propre donc il donne des consignes dans ce sens. D’ailleurs, les arbitres soulignent toujours cet aspect de notre jeu et ne se plaignent jamais sur ce point.

Quelle est la grande nouveauté que vous avez connue depuis que vous êtes entré dans le milieu du rugby ?
Dans le reste de mes activités, je suis en première ligne dans tout. Cela me perturbe au rugby. Pendant le match, les joueurs sont sur le terrain et je ne peux rien faire, j’ai la boule au ventre.
C’est un sentiment que j’ai découvert, un sentiment d’impuissance.


Quelques mois après avoir entamé le projet du RNR, vous avez entamé un autre projet bien distinct, en devenant propriétaire de Paris Normandie. Une nouvelle fois, pourquoi ce choix ?
C’était une cause perdue, on m’a dit souvent, comme le rugby, de ne pas y toucher mais le projet m’attirait. Paris Normandie c’est le journal des Normands, c’est une vraie marque, symbole du patriotisme normand. Comme pour le rugby, j’ai apporté un œil neuf. Je ne connaissais rien à la presse mais j’ai élaboré une liste projets et aujourd’hui ils sont tous réalisés.

Votre nom commence à être évoqué pour l’élection municipale de 2020, c’est un vrai projet pour vous ?
Si c’était ma volonté, je le dirais. Le sport on m’a dit de ne pas y toucher, la presse pareil, la politique c’est le summum, il ne faut absolument pas y toucher. La situation est particulière, Yvon Robert a annoncé son départ très tôt sans prévoir de succession. Actuellement, je suis observateur, voir si une personne incarnera un vrai projet, je serai surtout attentif à sa volonté dans ses projets et ses actions. Je suis attaché à ce territoire mais je pense que Rouen est une ville avec un fort potentiel.

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Date de dernière mise à jour : 04/03/2019