Une débâcle française en guise d’adieu

Théo Troude, 26/11/2018


On ne s’attendait à rien, mais on est quand même déçus. Pour la 107ème et dernière finale de la Coupe Davis sous sa forme actuelle, l’équipe de France de tennis a perdu son titre face à la Croatie. Au contraire de la finale de la Coupe du monde de football, les croates ont aisément dominé les tricolores, 3 points à 1. Sous le toit du stade Pierre Mauroy de Villeneuve-d’Ascq, près de Lille, les larmes de tristesse ont changé de camp.

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Marin Cilic a apporté le point décisif à la victoire croate. ​

Le parcours jusqu’à la finale avait pourtant été un long fleuve tranquille pour les Bleus. Écartant successivement les Pays-Bas (3-1), l’Italie (3-1) puis l’Espagne (3-0 à Lille), les Français pouvaient paraitre favoris face à des croates revenus du diable vauvert. Éliminant d’abord facilement le Canada (3-1) et le Kazakhstan (3-1), l’équipe du capitaine Zeljko Krajanest passée à un set de l’élimination en demi-finale face aux États-Unis (3-2). 

Mais à l’aube de cette finale, la situation des Bleus ne laissait présager rien de bon. À commencer par le choix de la surface. Depuis 1932, la France n’a plus remporté de finale disputée sur terre battue. Malgré tout, le capitaine Yannick Noah a choisi la surface ocre pour affronter la Croatie, qui a remporté tous ses matches cette année sur… terre battue. Emmenés par Marin Cilic (n°7 mondial) et Borna Coric(n°12), présents au Masters de Londres la semaine dernière, les rouge et blanc ont amené Noah à bricoler. 

Richard Gasquet blessé, Gaël Monfils et Gilles Simon non-sélectionnés… Jérémy Chardy (n°40 mondial) et Jo-Wilfried Tsonga (n°253, de retour de blessure) ont été choisis pour les simples du vendredi. S’inclinant respectivement face à Coric et Cilic sans remporter la moindre manche, la France était (déjà) dos au mur à l’heure de jouer le double du samedi. Face à la paire Ivan Dodig – Mate Pavic, Pierre-Hugues Herbert et Nicolas Mahut ont redonné espoir aux Bleus en revenant, difficilement, à 2-1. Aujourd’hui, les simples s’annonçant compliqués, Noah se devait de tenter un coup de poker. Le rôle du sauveur était incarné par le nordiste Lucas Pouille (n°32), comme l’année dernière lorsqu’il avait offert la Coupe Davis à la France. Sauf que cette fois, la montagne Cilic était bien trop grande. Ne faisant illusion que pendant la première manche (7/6 pour Cilic), le local de l’étape s’est ensuite effondré pour finalement perdre en 3 manches. Clôturant la rencontre par des larmes, comme Tsonga deux jours plus tôt, Lucas Pouille a été à l’image de l’équipe de France ce week-end : il n’a jamais été en mesure d’inquiéter son adversaire. De l’autre côté du filet, la joie était immense : la Croatie soulève son 2ème Saladier d’argent après 2005.

Le bilan comptable est humiliant. La France est la première équipe depuis les années 1930 à ne pas remporter la moindre manche en simple, et la première de l’Histoire à ne pas réaliser le moindre break dans une rencontre de Coupe Davis. Lucide, Yannick Noah analysait : « La barre était trop haute. Je pense qu'on n'a pas démérité, on perd contre une équipe plus forte. C'est pour ça que je ne suis pas si déçu que ça. On s'est fait défoncer. On n'a pas fait un break. »

L’Histoire retiendra que la légendaire Coupe Davis est morte à Lille. À l’issue d’une réforme acceptée au vote par la Fédération Internationale de Tennis (ITF), la Coupe Davis sera désormais disputée sur 2 semaines en fin de saison, lors de rencontres au meilleur des 3 manches dans une ville désignée. Une perte d’identité critiquée par de nombreux joueurs. À l’échelle nationale, la génération dorée des 4 Mousquetaires (Tsonga, Monfils, Simon, Gasquet) n’existe plus. Le tennis français devra se régénérer, d’autant que Yannick Noah s’en va après 3 victoires (1991, 1996, 2017). Une débâcle du présent, et sûrement de l’avenir.

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Date de dernière mise à jour : 26/11/2018