Covid-19 : un coup d'arrêt brutal pour l'expérience Erasmus

Emma Gaheneau, 28/05/2020


Depuis quelques mois nous vous partageons les expériences Erasmus d’étudiants rouennais. Toutefois la crise sanitaire que nous vivons actuellement a profondément chamboulé nos vies, ainsi que cette expérience unique qu’est le voyage Erasmus. Nous avons donc recueilli les témoignages de trois étudiants : Laura, qui n’a malheureusement pas pu partir, Adrien, qui est rentré en France sans pouvoir finir son voyage et enfin Claire, qui a décidé de rester dans son pays d’accueil.  

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“Tu n’es pas censée être ici”

Laura, étudiante à l’Université de Rouen, devait partir en Corée. Cependant son voyage a été annulé quelques jours avant son départ. N’ayant pas commencer son deuxième semestre en France, l’étudiante a pris conscience de la gravité de la situation alors qu’elle était chez ses parents, l’esprit loin du campus de Mont Saint-Aignan, préparant son départ pour Séoul. Bien qu’au début, Laura espérait toujours pouvoir partir, les informations de plus en plus inquiétantes ainsi que la situation géographique de son pays d’accueil par rapport à l’épicentre de l'épidémie ne laissaient rien présager de bon. Alors qu’elle devait atterrir au pays du matin calme le 29 février, son départ à d’abord été repoussé de deux semaines, engageant des frais supplémentaires pour décaler les vols. C’est finalement le 25 février que le verdict est tombé : les étudiants rouennais ne pouvaient plus se rendre en Corée, décision en contradiction avec l’Université d’accueil, qui elle, était toujours prête à recevoir l’étudiante. Alors Laura s’est retrouvée face à un dilemme, partir sans connaître les conditions de son accueil ou rester auprès de ses proches. Elle a donc choisi la deuxième solution, ayant peur de se retrouver confiner dans un dortoir à plus de 9000 kilomètres de chez elle. Laura s’est ensuite retrouvée face à une deuxième difficulté : rattraper les cours qu'elle avait manqués en France : “je n’étais pas allée en cours depuis six semaines déjà. Six semaines dans un semestre universitaire c’est énorme”. Fort heureusement, l’équipe pédagogique a été très compréhensive et elle a pu compter sur le soutien de ses camarades pour récupérer certains cours. Le retour à la réalité a toutefois été éprouvant pour Laura qui nous confie s’être répétée plusieurs fois “Tu n’es pas censée être ici”, ou encore ne plus avoir le coeur à étudier. Aujourd’hui Laura a réussi à relativiser la situation : “je suis de ceux qui considèrent que, pour les événements, si cela ne s’est pas passé au moment où nous voulions que ça se passe, c’est que ce n’était pas l’instant propice”. Bien qu’elle espère pouvoir partir dans ce pays qui la fait rêver, Laura est surtout dans l'expectative, car aucune décision n’a été prise par l'Université quant au départ pour l’année 2020-2021, et comme nous le rappelle très justement l’étudiante : “Un échange universitaire ça s’organise.” Qu’elles soient bonnes ou mauvaises, Laura attend, à ce jour, des nouvelles. 

 

“Ce qui me reste c’est cette sensation de ne pas être allé jusqu’au bout de la mobilité”

Adrien a vécu une situation bien différente de celle de Laura. En effet dans son pays d’accueil, qui était le Canada, aucun confinement au sens strict n’a été déclaré. Bien que certains magasins et restaurants aient été fermés, le confinement n’était pas imposé, les forces de l’ordre n’effectuaient pas de contrôles lors des déplacements. Toutefois, Adrien a noté qu’une grande partie de la population portait des masques et respectait les gestes barrières. Alors que la plupart des cours étaient réalisés, sans encombres, à distance, depuis le début du mois de mars, c’est le 26 mars que la situation a basculé pour Adrien. Il nous raconte que ce jour là, il a reçu un appel de l’ambassade de France au Canada, leur demandant de prendre une décision quant au futur de leur mobilité à l’étranger. En effet, le gouvernement français ne pouvait maintenir les billets d’avion à un prix raisonnable que jusqu’à la fin de cette même semaine, soit le 29 mars. De plus, l’ambassade ne pouvait pas assurer la régularité des vols passé cette date. En trois jours, Adrien s’est donc décidé à rentrer en France, poussé par l’incertitude d’un possible retour plus tard dans l’année. Le retour en France n’a pas été de tout repos pour l’étudiant, qui a voyagé pendant près de 34 heures pour rentrer chez lui, du fait de plusieurs décisions gouvernementales comme l’interdiction d’aller chercher des proches à l’aéroport. Une fois arrivé en France, la continuité pédagogique a été assurée sans difficulté, les professeurs utilisant déjà les diverses plateformes de partage de documents mis à disposition par l’Université York. L’étudiant a donc pu passer ses examens à distance. Bien qu’Adrien soit déçu de n’avoir pu mener à bien ses projets pour la fin de l’année universitaire, qui devait être faite de voyage, il est avant tout reconnaissant : “ce serait perdre de l’énergie dans le vide que de nourrir d’immenses regrets vis à vis d’une situation qu’on ne peut pas maîtriser. C’est dommage, certes, mais ça fait partie des aléas de la vie.” Là encore, Adrien relativise sa situation : “Même en n’ayant pas pu le finaliser, ce voyage m’a apporté tellement plus qu’un simple bagage universitaire, je pense que cette mobilité m’a vraiment permis de devenir un adulte”. Profondément reconnaissant de cette expérience, qui l’a profondément changé, Adrien espère pouvoir retourner au Canada en tant que visiteur et surtout conseille à tous les étudiants qui en ont la possibilité de partir en Erasmus, car c’est pour lui “une vraie chance”. 

 

“Malgré cette pandémie, je pense que mon voyage ne pouvait pas être mieux parce que j’ai rencontré des personnes formidables”

Il y a quelques semaines, nous avions recueilli le témoignage de Claire, une étudiante rouennaise partie en Erasmus à Kalaallit Nunaat, soit, au Groenland. Bien que cette destination semblait très originale, elle s’est révélée être le bon choix en situation de crise sanitaire mondiale. L’Université de Nuuk avait promis à ses étudiants la continuité pédagogique et, de fait les cours ont été assuré par visioconférence. Claire a donc préféré rester sur “son île de glace”, s’y sentant en sécurité. Toutefois, la question s’est posée pour elle et pour ses camarades étrangers, qui se retrouvaient loin de leurs proches en cas de problème. Le confinement a été relativement facile à vivre pour l’étudiante qui pouvait profiter du grand air en faisant des randonnées en pleine nature par exemple. Même pendant ses sorties en ville, Claire ne se sentait pas en danger : “ Me concernant, la seule forme de vie que j’ai croisé en me baladant en ville pendant le confinement était un aigle.”. Les mesures prisent lors du confinement étaient similaires à celles prises en France : écoles et université fermées, ainsi que les commerces, distanciation sociale obligatoire, interdiction des rassemblement de plus de 10 personnes. À une différence près toutefois : pendant cette période, la vente d’alcool a été prohibé afin réduire le taux de violences familiales, en hausse depuis le confinement. Bien que le coronavirus ait quelque peu chambouler ses plans, Claire ne regrette pas son choix et s’est même retrouvée dans des situations cocaces : “ j’ai dû, par exemple, enlever toute la graisse d’une peau de phoque avec les moyens du bord, aux pieds de mon immeuble, puisque l’endroit où nous apprenions à nettoyer les peaux de phoques de manière artisanale a fermé et les peaux que nous avions laissé en attente sur notre balcon commençaient à dégeler et à pourrir avec la venue du beau temps…” A ce jour, l’île est débarrassé du virus, ce qui conforte Claire dans son choix : “je peux vivre ma vie et profiter de ce séjour” !

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Date de dernière mise à jour : 28/05/2020