Dossier COVID-19 : Et les étudiants dans tout ça ?

William Lacaille, le 19/03/2020


Jeudi 12 Mars, il est 20 heures et le président fait son allocution télévisée pour parler de la situation du Covid-19 et annonce la fermeture de toutes les universités. Peu de temps après, la fermeture des «commerces non essentiels» ainsi que le confinement total. Mais qu’en est-il des étudiants ? Que pensent-ils de la situation ? À quels problèmes sont-ils confrontés ? Quelles sont leurs opinions sur les décisions du gouvernement ? La Voix du Robec a mené une enquête auprès de 200 étudiants qui sont rattachés à l’Université de Rouen Normandie. 

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La rue du Gros Horloge une rue très touristique, quasi déserte après la fermeture des magasins «non essentiels» ( © photo : William Lacaille, La Voix du Robec)

Il est environ 20:15 jeudi soir quand les cris de joie de certains étudiants résonnent sur le campus de Mont-Saint-Aignan et dans les logements étudiants. Non ce n’est pas un flashback de la coupe du Monde de 2018 : ils découvrent qu’ils n’auront plus à venir sur le campus pour étudier. Pour des questions de sécurité et pour «ralentir la propagation du virus» il faut donc éviter toute proximité de moins d’un mètre avec les autres, ce qui semble assez compliqué pour les amphis souvent bondés dans les universités. Et 99% de nos interrogés sont d’accord avec cette mesure de fermeture.

Le soir de l’annonce, des étudiants expliquent «Ce sont les vacances avant l’heure, certains appellent déjà leurs amis pour organiser des soirées. Les cris de joie sur les réseaux sociaux ont pu en témoigner, beaucoup se sont réjouis de ne plus avoir cours. Mais cela n’est pas le cas pour tous. Les étudiants contents de cette fermeture (51,5%) expliquent notamment cette satisfaction avec le fait que c’est une question de sécurité et de santé. «J'étais contente, dans le sens où c'était la bonne décision à prendre pour notre protection et celle des autres... Mais un côté de doute et de stress concernant la bonne suivit pédagogique» rapporte l’un des interrogés. Car oui, si 48,5% des personnes ayant répondu à notre enquête ont exprimé un sentiment plus mitigé quant à la fermeture de l’Université, beaucoup comprennent l’urgence mais s’inquiètent des cours.
 

La question des partiels et examens de fin d’année interroge beaucoup les étudiants : «[...] l’université n’arrive pas à coordonner les cours et nous restons tous dans l’incertitude avec des profs qui tentent de faire au mieux. Nous n’avons aucune réponse au sujet des entretiens master, de stages ou des examens ainsi que la gestion du contrôle continu.»

Le problème souligné ici est le manque de préparation. Cette fermeture soudaine a donné à bon nombre d’étudiants le sentiment d’un manque de préparation : 87,5% des individus ayant répondu à notre enquête pensent que les professeurs n’étaient pas préparés à l'éventualité d’une fermeture totale. Un cas particulier qui nous a été soumis est celui de la filière Sciences Humaines et Sociales :«Au sein de la filière SHS, très peu de professeurs nous fournissent du travail à faire, j'en conclus qu'ils n'étaient pas vraiment préparés à la fermeture de l'établissement». Les propos sont nuancés par un(e) étudiant(e) qui rapporte la possibilité que les professeurs «l’étaient [ préparés, ndlr ] aussi mais n’ont pas parlé de cela avec nous certainement pour ne pas instaurer un climat de panique».

Office 626098 1920Pour les étudiants, la question des cours à distance est une très grande préoccupation (photo libre de droits)

La question des cours à distance : des situations très disparates

81% des étudiants interrogés sont favorables en ce qui concerne les cours à distance car cela permet une «continuité pédagogique», «de ne pas perdre le rythme» et surtout car «c’est la seule solution dans l’immédiat». Mais quelques-uns déplorent également les inégalités que cela peut entraîner notamment à cause de l’accès à internet qui peut être très différent dans les zones plus éloignées de la ville. Un interrogé explique : «Certains n’ont pas un ordinateur perso, et les connexions ne sont pas fluides. En plus les sites sont saturés. Et un cours avec un prof en face c’est quand même autre chose». Deux problèmes sont soulignés ici dans ce témoignage, le premier la question des plateformes (notamment UniversiTICE) qui sont saturées à cause du nombre de connexions simultanées. L’autre problème est la question de l’interaction avec le professeur, l’impossibilité de poser une question dans l’immédiat et d’avoir des explications plus approfondies.

De plus la communication des modalités de connexion ou de la tenue des cours à distance est très différente en fonction des domaines d’étude. Sur nos 200 réponses, 27% expriment n’avoir reçu aucune information quant aux cours à distance. Pour ceux qui ont eu des informations voici les résultats que nous avons pu obtenir : 13% n’ont eu qu’un seul professeur qui est entré en contact avec eux, 67,4% ont eu des informations de la part de quelques professeurs, 10,3% n’avaient qu’un ou deux cours qu’il leur manquait, 9,6% avaient eu des informations de la part de tous leurs professeurs. Presque 1 interrogé sur 10 avait des informations de la part de tous ses professeurs, un taux qui souligne le ressenti global des étudiants sur le manque de préparation. 

La question des visioconférences a été très discutée après l’annonce de la fermeture de l’Université de Rouen Normandie. En effet, c’est une solution qui permet à l’étudiant de pouvoir poser des questions directement tout en étant chez soi. Reste toujours la question d’internet. Mais cette solution peut contourner les plateformes qui sont surchargées. Un peu plus des deux tiers (75,5%) des étudiants ayant répondu à notre enquête pensent que les cours en visioconférence vont rencontrer des problèmes. Le tiers restant des interrogés est plus optimiste et juge que tout se passera bien. Seul 9% des étudiants interrogés ont déjà eu un ou plusieurs cours en visioconférence. Bon nombre de professeurs souhaitent également ne faire reposer leurs examens que sur les éléments vus en cours.
 

Les nouvelles mesures de fermeture et de confinement soulèvent de nombreuses craintes pour les étudiants

Si les annonces de fermeture et confinement ont un impact immédiat sur la tenue des cours et des examens, la vision sur le long terme est un peu plus pessimiste de la part des interrogés. 86,1% des étudiants interrogés ayant un stage ont eu un impact du Covid-19 sur leur stage. Les étudiants sont nombreux à craindre les prochaines semaines et étapes de leurs études. Certains n’ont pas pas d’information : «nous n’avons pas d’informations sur les changements de modalités pour ceux qui ne peuvent pas faire le stage en raison de la fermeture de la structure». D’autres voient leurs chances d’avoir un stage s'amoindrir : «nous n'avions pas de stage, la quarantaine ne va pas nous permettre d'en avoir un, tout comme elle ne nous permettra pas de réaliser ce stage». Enfin, ce problème peut mener à un manque d’expérience comme l’explique cet étudiant : «l’arrêt des protocoles de recherche et des stages m’empêchent de gagner en expérience avant la fin de mon diplôme»

En effet 52,5% des étudiants qui ont répondu indiquent avoir des craintes concernant la baisse de la valeur de leur diplôme. Les conditions extraordinaires des études et des examens peuvent entraîner un changement de valeur des diplômes comme ce fut le cas pour mai 1968 où les conditions pour passer les examens étaient particulières. Cette crainte s’exprime notamment en ce qui concerne les concours pour de potentiels masters : 23% des interrogés ont un concours. Parmi ces étudiants 84,8% ont vu leurs concours impactés (annulés, reportés) par le Covid-19.

Impact sur le diplomeLa majorité des étudiants interrogés ont peur que leur diplôme perde de la valeur avec le changement des examens ( © illustration : La Voix du Robec)

La fermeture des «lieux publics non essentiels» : l’opinion des étudiants

La seconde grande mesure qui a été annoncée cette fois par le Premier ministre demandant de fermer les lieux tels que les bars, restaurants, cinémas, clubs etc. est une des résolutions qui a également fait beaucoup réagir sur les réseaux sociaux. En effet la fermeture des universités avait notamment donné envie à de nombreux étudiants de sortir faire la fête, sans penser à devoir se lever pour aller à l’université le lendemain. 46,5% des étudiants nous ont confié avoir prévu de sortir dans ces lieux qualifiés de non essentiels pendant cette fermeture de l’université (avant l’annonce du confinement). Mais il faut noter que plus de la majorité des sondés (53,5%) ont répondu en disant qu’ils n’avaient pas prévu de sortir

Sur la question de savoir si la fermeture des lieux publics non essentiels était une mesure nécessaire, aucun débat ne se forme : 99% des étudiants estiment que c’était une étape qu’il fallait mettre en place pour ralentir la propagation du virus. Même ceux qui voulaient sortir conviennent que c’est une question de santé publique et qu’encore une fois la sécurité et la santé priment sur les loisirs

Mais une image qui a beaucoup marqué l’opinion publique, c’est celle des gens dans les bars et clubs le soir même de l’annonce et les gens sortant le lendemain dans les parcs pour boire entre amis. 9% des étudiants interrogés nous ont confiés être sortis le soir ou le lendemain de l’annonce dans l’un des lieux ciblés par l’interdiction

Mais l’image qui restera l’une des plus marquantes de cette épidémie de Covid-19 en France, ce sont les magasins dévalisés, surtout au niveau des rayons des féculents (pâtes, riz notamment), boîtes de conserve, mais aussi du papier toilette et lingettes nettoyantes. Les étudiants sur cette question sont très partagés au niveau des avis. Certains ne comprennent pas du tout cette ruée et se montrent assez surpris : certains commentaires laissés par les interrogés expliquent que «c'est absurde» ou encore que «les gens sont égoïstes». Beaucoup d’étudiants sont informés sur le fait que les stocks et les chaînes d’approvisionnement seront toujours en fonction : «Les magasins alimentaires resteront ouverts et sont constamment réapprovisionnés. C’est nous avec notre comportement qui faisons qu’il y a des rayons vides».

Mais d’autres étudiants comprennent cette panique qui s’est communiquée chez les consommateurs : «C'est un mécanisme de défense pour soulager l'angoisse des gens», «Les gens paniquent. On ne sait pas ce qui va se passer à la suite de ces deux semaines de confinement initialement annoncées».
Certains étudiants souhaiteraient même arriver à un système de régulation : «Ce n'est pas aux individus de décider de se rationner car il est impossible de prévoir quel individu va se rationner et quel individu va faire des réserves, il faut que ce soit l'État qui impose des rations à tous les citoyens. [...] je préférerais nettement que l'État impose un rationnement pour que la nation ne tombe pas dans l'anarchie.»

Photo 20200316 145653Suite au Covid-19, beaucoup de lieux publics ont dû fermer par choix ou par la contrainte de la décision du Premier ministre ( © photo : William Lacaille, La Voix du Robec)
 

Dernier évènement en date : le confinement total

Peu après avoir constaté que beaucoup de Français continuaient de se donner rendez-vous dans les lieux publics, le gouvernement et Emmanuel Macron ont choisi de confiner totalement la population : télétravail, attestations pour chaque sortie, contrôles, amendes si nécessaire. 

Une fois encore, pour assurer et la sécurité et la santé, les étudiants jugent à 95,5% que cette mesure était nécessaire, ne serait-ce que pour la contrainte et s’assurer que tout le monde respecte le confinement

Nous leur avons ensuite demandé avec qui ils allaient passer leur confinement. 3 étudiants sur 4 parmi les 200 étudiants interrogés vont retourner ou passer le temps du confinement au sein de leur famille. Les 25% restants vont soit le passer avec leur conjoint(e) (19%) soit seul (4,5%). Enfin pour 1,5% des cas, le confinement se passera en compagnie d’amis ou de colocataire(s).

Pour les étudiants vivant dans un logement du CROUS, un message a été diffusé pour recommander aux étudiants de retourner dans leurs familles si possible. Dans le cas échéant ils pouvaient rester dans leur logement. Il était également recommandé pour les étudiants étrangers de retourner dans leur pays. Ce message n’était en aucun cas une obligation ou mise en demeure. Mais qu’ont choisi les étudiants ? 26,5% des interrogés par notre étude sont bénéficiaires d’un logement du CROUS. Parmi eux 77,4% ont choisi de quitter leur logement et 22,6% ont préféré rester dans leur logement du CROUS.
 

Le ressenti global des étudiants sur la situation actuelle

Nous leur avons également demandé s'ils avaient ressenti un sentiment de crainte par rapport au Covid-19 lors de ces derniers mois. 65,5% expliquent qu’ils ont effectivement ressenti un sentiment de crainte envers la situation. En revanche 34,5% expliquent qu’ils n’ont pas eu peur de la situation. 

Screenshot 2020 03 19 questionnaire sur les mesures contre le covid 22Le Covid-19, même s’il semble être mortel pour les personnes les plus âgés, inquiète beaucoup les étudiants ( © illustration : La Voix du Robec)
 

Nous avons conclu notre étude auprès de ces 200 étudiants en leur laissant un cadre libre pour s’exprimer et nous expliquer leur situation, leur ressenti.
Certains nous expliquent «ressentir du stress», «de la peur». D’autres semblent même assez paniqués : «C'est hors de contrôle» nous confie l’un des étudiants. La question de pouvoir le donner à d’autres personnes, plus vulnérables, et l’histoire des anti-inflammatoires qui deviendraient dangereux avec le coronavirus sont aussi des facteurs aggravant cette situation de stress

Un interrogé nous explique sa routine : «Je me tiens informé et je fais attention à mes déplacements et mes rencontres. Je lave mes mains correctement et souvent». D’autres se veulent très attentifs quant à la situation et son évolution : «Je pense que la situation n’est pas à prendre à la légère et que c’est important de respecter les mesures. Le confinement est nécessaire. Néanmoins il ne faut pas céder à la panique.». Bon nombre des étudiants tentent rester positifs et optimistes pour les évènements à venir : «Grâce au confinement total, je me sens plus confiant maintenant et je pense que si les citoyens le respectent le virus ne durera pas. Malheureusement en voyant le comportement irresponsable de beaucoup de personnes sur internet, je garde tout de même une certaine incertitude quant à l'avenir du COVID-19.»

La situation a évolué très rapidement ces dernières semaines et surtout ces derniers jours. Les étudiants sont très partagés sur certaines questions comme la question de la fermeture de l’université et les impacts que cela peut avoir sur leur diplôme et résultats. Pourtant s’il y a bien un consensus qui apparaît dans cette étude : la fermeture des universités, des lieux publics «non essentiels» ainsi que le confinement total sont des étapes qui sont nécessaires pour tenter de ralentir la propagation du virus et inverser la tendance.

Commentaires (1)

Thierry
  • 1. Thierry | 19/03/2020
On va lui niquer sa mère à ce COVID-19.

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Date de dernière mise à jour : 02/04/2020