Étudiants infirmiers : entre volontariat, craintes et contestations

William Lacaille, 30/04/2020


Les universités et campus sont fermés depuis la mi-mars à cause de la crise sanitaire, dont ceux des étudiants infirmiers et aides-soignants. Mais pour certains d’entre eux, le confinement est très différent car ils sont beaucoup à être mobilisés dans les hôpitaux pour apporter leur aide.

Will

Beaucoup d’étudiants mobilisés sont soumis à un rythme très soutenu (©COD Newsroom/Flickr)

Dès les premiers jours du confinement et pour soutenir les professionnels dans leur combat contre le virus, certains étudiants de l’IFSI du Rouvray sont mobilisés dans le cadre de la garde d’enfants, que ce soit avec la mise en place d’une crèche ou en faisant la garde directement au domicile des parents.

Mais la garde d’enfants n’est pas leur unique mission. Bon nombre de ces étudiants qui ont été mobilisés dans le cadre de la crise du Covid-19 en France, ont été appelés à avancer les dates de stages pour aller dans les hôpitaux et les Ehpad. Ce soutien au personnel soignant a pu se faire de manière volontaire comme dans le Cher avec plus de 150 étudiants qui se sont présentés spontanément. Parmi ceux affectés dans les hôpitaux, beaucoup sont donc redirigés vers les cellules Covid-19. Que ce soit dans les services de pneumologie ou en service de réanimation, les étudiants viennent faire des gardes de jour, mais aussi de nuit pour faire souffler les salariés qui travaillent d’arrache-pied. Les étudiants se réjouissent par ailleurs de cette aide qu’ils peuvent apporter car ils se sentent réellement utiles. 

Mais derrière cette joie liée aux premiers jours, la situation est devenue rapidement éprouvante et beaucoup d’étudiants ont commencé à contester leurs conditions de travail. 

Une crainte de contamination qui règne dans les esprits

De ce fait, beaucoup de voix s’élèvent anonymement pour se plaindre. Le premier sujet de contestation est celui qui est le plus visible et immédiat, touchant toute la profession : le manque de protections. Comme le raconte un étudiant dans une interview pour l'Étudiant, certains services hospitaliers sont dépourvus de protections : « Il n’y a même plus de gel hydroalcoolique, pas suffisamment de masques… » témoigne-t-il. 

Cela ne fait que renforcer les craintes de contamination pour les autres étudiants. L’autre inquiétude qui se fait sentir est celle de transmettre le virus aux autres membres de la famille lorsqu’ils retournent à leur domicile. Interrogé par le Huffington Post, un étudiant anonyme explique alors s’être mis en « auto-confinement » pour pouvoir protéger sa famille. 

Mais dans un contexte dur moralement pour les étudiants et des conditions de travail parfois très intenses, devoir se confiner et s’isoler n’est pas forcément la meilleure des situations.

À travail égal, paye de misère

Même si les étudiants sont volontaires ou sous les conditions d’un stage anticipé dans le cadre des études, la quantité de travail reste très importante. À la fois présents pour soulager les professionnels tout en ayant des responsabilités, certains étudiants n’ont pas le temps de souffler. Toujours selon l’Étudiant , à Lyon, l’interviewé affirme qu’« il enchaîne les gardes nocturnes de 10 heures ». Un rythme qui les mène en première ligne dans cette lutte contre le Covid-19. Mais les responsabilités et gardes s’accumulent sans pour autant qu’ils puissent décrocher un autre statut que celui de stagiaire. S’ils travaillent comme les professionnels, ils ne bénéficient pas de la même rémunération. Les paiements hebdomadaires attribués aux stagiaires sont de 28€ pour les premières années et 38€ pour les deuxième années pour atteindre les 50€ en troisième année. 

Et la Normandie ?

Comme l’explique Actu.fr, le 16 Avril 2020, dix associations étudiantes de la région Normandie se sont alliées pour demander plus de moyens pour se protéger et une meilleure reconnaissance. Cet appel fait écho aux nombreuses contestations partout en France. 

Depuis ces événements, un système de revalorisation des rémunérations est mis en place pour les personnels hospitaliers et soignants. Les étudiants sont compris dans cette mesure, mais beaucoup n’ont pas encore vu la couleur de cet argent. Mais ce qui gêne certains étudiants, c’est la différence de traitement entre étudiants et entre régions. 

Si les régions sont aux commandes de ce financement, les montants varient. 

La région Normandie, quant à elle, a annoncé à travers un communiqué vouloir mettre en place « une aide exceptionnelle comprise entre 1 000 à 1 300 euros par mois ». D’autres régions ont annoncé des montants similaires variant entre 1000 et 1400 euros. 

Mais quelques étudiants restent perplexes comme le rapporte une étudiante en expliquant que certaines branches des professions médicales restent dans le flou. Que ce soit en psychiatrie ou dans le libéral, ces étudiants ne savent pas si eux aussi bénéficieront d’une aide de la région.

Que ce soit contre le virus ou pour la reconnaissance des droits des étudiants : le combat continue.

 

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 30/04/2020