Opération sensibilisation chez les étudiants de Rouen

William Lacaille, 05/03/2020


Vendredi 28 Février, il était possible de voir dans les rues de Rouen quelques étudiants avec des pancartes, mannequins, banderoles ou encore hommes-sandwichs. Cette mobilisation était en réalité un point d'information sur la précarité étudiante et avait pour but de proposer d’éventuelles solutions. Retour sur les raisons de cette mobilisation.

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 Des fins de mois très difficiles pour certains, à peine confortable pour d'autres

Tout commence le matin par une mise en place d’une banderole sur un pont au-dessus de la Seine où l’on peut lire «#PrécaritéÉtudiante : On se noie». Une vingtaine d’étudiants étaient dans les rues de Rouen ce 28 Février répondant à un appel national venant de différentes organisations étudiantes. Cette mobilisation avait pour but de recueillir des témoignages, partager des bons plans, trouver des solutions aux problèmes auxquels peuvent faire face les étudiants.

Depuis des mois maintenant, les messages se multiplient sur les réseaux sociaux mais comme le précise Hugo, l’un des étudiants mobilisés à Rouen : «Ce n’est pas la communication sur les réseaux sociaux qui va faire avancer la cause». C’est donc de là qu’est partie l’idée d’une mobilisation nationale dans la ville de Lyon et toutes les autres grandes villes de France, comme ce fut le cas à Rouen. 

«Dans cette mobilisation on essaye de parler aux gens, de leur demander ce qu’il leur reste à la fin du mois. On cible les jeunes mais on parle un peu à tout le monde. Certains parents ne conçoivent pas toujours que leur enfant peut se priver d’un repas car il n’a pas assez d’argent pour finir le mois.» Cette mobilisation n’a donc pas pour but de faire le plus de bruit possible, les étudiants essayent plutôt d’interpeller les passants afin de discuter posément des chiffres, de la situation actuelle et de répondre aux questions. «C’est assez difficile de concevoir qu’environ 1,8 millions de jeunes se sont privés ou restreint d'un repas durant le dernier mois ou encore que 20% des étudiants vivent en dessous du seuil de pauvreté». Des chiffres alarmants qui ont donc poussés ces étudiants à descendre dans la rue. 

En effet l’étudiant qui vit seul, en plus de la nourriture, doit s'acquitter de son loyer qui est en moyenne d’un montant de 430€ (selon un article de Businessinsider.fr). Mais il arrive que l’étudiant en question tombe malade et quand il est question de se soigner, 42% des étudiants choisissent de renoncer à ce poste de dépense (businessinsider.fr).

Une étudiante intervient : «Beaucoup nous disent que nous ne sommes pas obligés de faire la fête ou qu’il faut que l’on se trouve un boulot. Mais on le fait déjà ! On arrive rapidement à une situation “soit on se soigne, soit on bouffe». Elle continue : «Mais que se passe-t’il si le micro-onde tombe en panne ? On a de l’argent de côté ? C’est à peine si on peut se racheter des vêtements...».

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Certains ne peuvent pas voir leur famille, d'autres sont contraints de renoncer aux soins

Hugo ajoute alors : «Beaucoup d’étudiants doivent, pour pouvoir vivre décemment, travailler mais le problème réside dans le fait qu’on passe moins de temps à étudier». Ce double investissement peut parfois isoler des étudiants. «Les étudiants les plus fragiles peuvent parfois s’isoler, tomber dans la dépression, risquer de décrocher scolairement parlant et garder cette idée d’échec dans l’esprit. Ne pas avoir assez d’argent pour consulter ou tout simplement ne plus fréquenter ses amis n’arrange pas la situation.» poursuit Hugo. C’est notamment ce genre de situation qui peut mener à l’immolation d’un étudiant dans les cas les plus extrêmes. «Prendre un prêt signifie souvent de devoir travailler à côté et ajoute une pression pour les remboursements, ce qui n’aide pas non plus l’étudiant» conclut Hugo. 

Mais quand on demande à Hugo ce que les étudiants voudraient suite à cette mobilisation, il nous répond : «Pour être clair, on ne demande pas forcément plus d’argent à l’État. On demande que l’État fasse plus de communication sur les dispositifs. Ce sont les associations étudiantes qui font le travail de l’État». Et quelles seraient ces solutions ? Il nous répond en expliquant : «C’est très simple : un plan de 60.000 logements au niveau du CNOUS, une distribution des bourses de manière proportionnelle et non pas système d’échelon (une différence de quelques euros peut faire descendre d’échelon)  et un guichet/dossier unique pour faire sa demande de bourses auprès des différents organismes

De plus Hugo introduit une initiative qui est de plus en plus mise en place : l’Agoraé, une épicerie solidaire qu revend les produits nettement moins cher que les grandes surfaces et un lieu pour lutter contre l’isolement social (plus d’infos sur le site de la FAGE).

Mais les mobilisations ne sont pas terminées pour Rouen. En effet, cette mobilisation répondait à un appel national mais tombait pendant les vacances pour Rouen. Hugo affirme : «On organisera certainement quelque chose directement sur le Campus pour être encore plus au contact des étudiants»

 

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