Paye ton IFSI !

Emma Gaheneau, 26/09/2019


Le 23 septembre dernier, la FNESI (Fédération Nationale des Étudiants en Soins Infirmiers) appelait à la mobilisation devant les conseils régionaux de France pour dénoncer “les frais illégaux” demandés aux étudiants en plus des coûts d’inscriptions habituels. Cet appel a été suivi à Rouen.

70640557 386006472091456 1161330835824050176 n 1

 Mobilisation des étudiants en soins infirmiers de toute la Normandie, devant le conseil régional à Rouen le lundi 23 septembre, au matin.

Des frais illégaux qui ne peuvent être justifiés

C’est une quarantaine d’étudiants, de toute la Région Normandie, qui étaient réunis devant le Conseil Régional de Rouen à 10h, avec un slogan : “ Paye ton IFSI “. Dans son communiqué de presse publié en juillet, la FNESI dénonce des frais illégaux demandés par les IFSI publics (Instituts de Formation en Soins Infirmiers), aux étudiants dès la rentrée. Ces étudiants paient les frais d’inscriptions de 170 euros et la CVEC, qui s’élève cette année à 91 euros. S’ajoutent à cela des frais dont les justifications sont floues : blouses, dont le coût doit normalement être pris en charge par l’Institut, des frais de services ou de “vie scolaire” (qui sont appliqués à Cherbourg et Avranches par exemple) ou encore des frais de documentation. C’est près de la moitié des 272 IFSI publics français qui facturent ces frais. En Normandie, ils s’élèvent à 103 euros pour trois ans, mais peuvent monter jusqu’à 335 euros par an, selon les régions. “De plus en plus d’étudiants se retrouvent en situation de grande précarité” nous confie Lucie Léon, étudiante en soins infirmiers. Cela s’ajoute à l'augmentation générale du coût de la rentrée

Un accès limité aux services universitaires

Les revendications des étudiants en soins infirmiers ne se limitent pas aux frais illégaux. Les indemnités kilométriques lors des stages ne sont pas toutes perçues par les étudiants. De plus, depuis la rentrée 2018, les étudiants en soins infirmiers ont le statut d’étudiant, et doivent bénéficier des droits universitaires. Pourtant, les IFSI étant souvent délocalisés, loin des plus grands campus, les accès aux services universitaires sont limités. Malgré le paiement de la CVEC, qui est censé améliorer la vie sur les campus, les futurs infirmiers n’ont pas accès en priorité à certaines bibliothèques universitaires, au SUAPS (Service Universitaire des Activités Physiques et Sportives), ou encore au SUMPPS (Service Universitaire de Médecine Préventive et de Promotion de la Santé). Amalia Veraquin, Présidente du BDE de l’Institut de formation d’Evreux et étudiante en 3ème année, présente ce jour là, déplore le fait que la léocarte, carte multiservice de la région Normandie, ne soit pas distribuée dans son IFSI. Les étudiants pourraient donc se voir refuser l’accès à certains services ou avantages donnés sur présentation de ladite carte.

70454799 979207849092118 3996001786530889728 n

 

Un rendez-vous avec la région en demi teinte

À la sortie de l’entretien avec David Margueritte, vice-président de la Région en charge de la formation et de l’apprentissage, Margaux Sauvestre, vice-présidente en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche à la FNESI, n’est pas satisfaite de la réponse de la région : “ la région veut faire une analyse de terrain pour voir comment ça se passe et ils nous ont donné un prochain rendez-vous le 7 octobre, j’espère que nous aurons des réponses concrètes à ce moment-là “. Le dialogue n’est donc pas rompu entre l’administration, qui semble être prête à étudier le sujet, et les étudiants. Côme Flichy, étudiant infirmier en troisième année à l’IFSI de Caen et secrétaire général adjoint de la FNESI, quant à lui, est évidemment content de la proposition de dialogue mais pointe du doigt l'inaction de la région : “ la région semble se satisfaire du fait qu’en Normandie, la situation est meilleure qu’ailleurs, ça ne nous suffit pas et nous attendons plus que des mots”. La seule résolution concrète, prise ce jour-là, est de supprimer les frais de vie scolaire dans les deux instituts concernés en Normandie. 

Une manière de renflouer les caisses des IFSI ? 

Ces frais illégaux,  qui représente 3,8 millions d’euros sont en augmentation pour la rentrée 2019. Cette rentrée marque un tournant dans l’histoire de la formation, en effet, pour la première fois les bacheliers pouvaient postuler sur dossier, en passant par Parcoursup. Les concours d’entrée ont disparu à la rentrée 2019, ce qui représente un manque à gagner considérable pour les instituts. En moyenne, une inscription au concours coûtait 100 euros, et une fois passé l’étape de l’écrit, l’oral pouvait de nouveau être payant. Il y a un an, Madame la ministre Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, affirmait : “Les étudiants en soins infirmiers sont des étudiants comme les autres”. Pourtant 36 000 étudiants payent plus que les étudiants qui s’inscrivent à la faculté. 

Côme Flichy salue l’engagement de nombreux étudiants, venus soutenir le mouvement, comme la FCBN (Fédération Campus Basse Normandie), ainsi que la FEDER (Fédération des étudiants rouennais) : “c’est une belle victoire pour nous de voir que les étudiants se soutiennent mutuellement”. Les étudiants en soins infirmiers normands doivent maintenant attendre le 7 octobre, pour un second rendez-vous avec la région, qu’ils espèrent plus fructueux.

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 02/10/2019