Précarité étudiante: un geste de désespoir qui en dit long

Théo Alleaume, 21/11/2019


Le 8 novembre dernier, un étudiant de Lyon s’immolait devant les locaux du CROUS afin de dénoncer sa situation, devenue de plus en plus difficile. Malgré la violence d’un tel acte, le cas d’Anas n’est pas isolé. Au contraire, de plus en plus d’étudiants se retrouvent en situation de grande précarité.

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Un acte prémédité qui a provoqué beaucoup de réactions

Vendredi 8 novembre, Anas, jeune étudiant en deuxième année de licence de sciences politique, à l’université de Lyon-2, posta un message sur son mur Facebook. Dans ce message, le jeune homme expliquait sa situation étudiante, devenue difficilement supportable suite au “triplage” de sa L2. De part ce redoublement, l’étudiant a perdu ses bourses, qui s’élevaient à 450€/mois, ce qu’il estimait trop peu : “est-ce suffisant pour vivre ?”.

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Au-dessus, le message posté par Anas sur son mur Facebook

Anas est actuellement maintenu dans un coma artificiel. Le mardi 12 novembre, plus d’un millier d’étudiants lyonnais s’étaient rassemblés devant le parvis du CROUS de Lyon afin de soutenir leur camarade. De plus, dans de nombreuses villes comme Nanterre, Rennes… des assemblées générales étudiantes ou des blocus ont été organisé afin de discuter d’une éventuelle marche à suivre pour que cela ne se reproduise pas. Ailleurs, certaines personnes étaient plus remontées. C’est le cas à Caen, où les locaux du CROUS ont volontairement été incendié; des tags ont également été retrouvé : “la précarité tue”. 

Certains voient en cet acte, un geste de désespoir; pour d’autres, il s’agit d’un message politique puisque Anas s’en prend aux instances politiques : “J’accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l’Union Européenne de m’avoir tué”. Si la nature de ce geste véhicule un message qui reste encore flou, il aura eu suffisamment d’impact pour que l'on prenne conscience du problème de la précarité étudiante. 

Des conditions de vie trop dures et trop régulières

En France, entre 2016 et 2017, selon l’Enseignement Supérieur de la Recherche, 38% des étudiants, en moyenne, bénéficiaient des bourses. Selon l’Inspection Générale des Affaires Sociales, en 2015, 19.1% des étudiants vivaient en-dessous du seuil de pauvreté. Une autre étude de l’Observatoire de la Vie Étudiante  estimait en 2016, à 46% le nombre d’étudiants possédants un travail à côté de leurs études. Parmi ces 46%, 17.7% affirmaient que cela avait un impact négatif sur leurs études. De plus pour le FEDER (Fond Européen de Développement Régional), 1 étudiant sur 2 qui travaille redouble son année. Ces chiffres attestent d’une chose : la situation compliquée dans laquelle se trouvait Anas est loin d’être isolée. 

Des décisions politiques attendues et très contestées

Suite à cet évènement qui a mobilisé une partie de l’actualité, les jeunes se sont tournés vers le gouvernement afin d’entamer le dialogue. C’est Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, qui fut sollicitée. Le 17 novembre dernier, madame la ministre rencontrait les représentants du syndicat étudiant de l’UNEF afin de discuter des solutions à mettre en application.

Les étudiants attendaient beaucoup de cette rencontre. Différentes propositions comme le fait de nationaliser les montants des aides annuelles des différents CROUS ou encore le fait de revaloriser le statut des étudiants-salariés avaient été envisagé en attendant d’avoir l’aval de Mme Vidal. Cependant, la réalité est plus décevante puisque aucunes de ces éventualités n’ont été validé. Le gouvernement ne distribuera pas d’argent ni ne revalorisera les bourses, comme demandé par les syndicats. Cette décision avait déjà été prise l’an dernier, et 46 millions d’euros supplémentaires avaient été ajouté au 5.7 milliards d’euros déjà alloués aux aides étudiantes. De plus souligne Frédérique Vidal, ces aides ne sont pas entièrement consommées puisque 15 millions d’euros restent en fin d’année, 15 millions dont les étudiants ne bénéficient pas. 

À la place, la ministre a initié la mise en place d’un numéro d’urgence, au plus tard en fin d’année. Ce numéro, a pour but de favoriser l’accès aux aides d’urgence.

À la suite de ces annonces, les étudiants se sont indignés et ont commencé à manifester leur mécontentement, notamment sur les réseaux sociaux. 

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Ces deux captures d’écran nous montre l’incompréhension créée par cette décision.

Le gouvernement ne semble pas avoir pris conscience de l’urgence de la situation dans laquelle se trouve de nombreux étudiants. Les fins de mois peuvent être très compliquées pour certains jeunes et l’obligation d’avoir un travail à côté peut se révéler très contraignant pour le bon déroulement de leurs études. Cette décision accroît le sentiment d’abandon chez les jeunes qui se posent cette question : “à quoi bon?”.

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Date de dernière mise à jour : 21/11/2019